La prof “aux semelles de vent”

Mes élèves de 1ère m’ont écrit une carte qu’ils m’ont donnée à la fin de l’année scolaire, accompagnée de chocolats et d’un souvenir du Danemark. Tous les mots m’ont profondément touchée : remerciements, gratitudes, souvenirs tendres et citations, en particulier celles-ci :

🌎 “Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent pour partir : cœurs légers, semblables aux ballons, de leur fatalité jamais ils ne s’écartent, et, sans savoir pourquoi, disent toujours : allons !”
(C. Baudelaire, “Le voyage”)

“J’égrenais dans ma course des rimes”
(A. Rimbaud, “Ma Bohème”)

“Les bonheurs, et quels bonheurs ! Les plus appréciés. Les mieux côtés. Les bonheurs que tous les pauvres bougres contemplent le nez collé aux vitrines”.
(N. Sarraute, Pour un oui ou pour un non)

“Bonne vie de bohème !”

“Puissiez-vous avoir de belles semelles de vent.”

“Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien !”
(A. Rimbaud, “Sensations”)

✨️ Mes élèves me connaissent mieux que certains de mes proches. Sans aucun doute ont-ils senti que mon nerf sensible – la poésie – l’emportait sur tout le reste, et que toute ma vie tournait autour de la quête de l’ivresse créatrice.

Mais comment l’atteindre quand le quotidien tue l’inspiration et enferme l’esprit vagabond ?

✈️ C’est qu’il faut partir, pratiquer l’exil pour mener une vie de nomade, puiser à la source des images, se confronter aux expériences significatives des sons, des musiques, des odeurs, des couleurs, éprouver l’âme et la confronter à toutes les formes de la passion.

Vivre des amours fortes souvent éphémères.

A quoi bon vivre si ce n’est pas intensément ? Si ce n’est ni pour créer, ni pour transmettre ?

“Le poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, — et le suprême Savant ! — Car il arrive à l’inconnu ! — Puisqu’il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu’aucun ! Il arrive à l’inconnu ; et quand, affolé, il finirait par perdre l’intelligence de ses visions, il les a vues !”


A. Rimbaud, “Lettre du voyant”