J’aime écrire en extérieur, à des terrasses de cafés, dans de cosy restaurants, parfois même sur un banc ou dans une rame de métro ; une idée là, toute florissante, à peine quelques mots posés sur le papier, dans un carnet aux coins flétris titré « love note ».📔
❤️ C’est que les mots, c’est de l’amour : je les emporte partout avec moi. A table, au bistro ou dans quelque endroit plus chic, je n’ai besoin de personne pour me tenir compagnie. A déjeuner ou à dîner, pour savourer vin ou café, les mots m’assurent un moment sans problemo. Ils ont toujours quelque chose à me raconter, quelque idée à me suggérer : un élan poétique, un souvenir flou, une paire de rimes bien trouvées, deux métaphores qui filent doux. Ils ont toutes les saveurs : parfois amers ou épicés ; d’autres salés, ou même mielleux. Et quand ils sont sur le bout de ma langue, je les accouche du bout des doigts entre deux tâches de papier gras qui me sert de bureau.
🕯🌹 Romantiques, le repas se fait aux chandelles : c’est qu’ils savent séduire, ces mots, bien plus qu’un amant maladroit au mauvais vers (quand ce ne sont pas ses intentions), à qui je lève mon verre, tiens ! La silencieuse solitude permet d’entendre le son de mes mots chers. Il suffit de les écouter : ils soufflent à la chair qui souffre tout ce qu’étouffe la voix des autres. Jamais ils ne déçoivent, toujours ils satisfont. Epicuriens (même si parfois ils aiment se plaindre), ils savent faire bonne chère !
🗣 Avec eux, on ne s’ennuie jamais : finie la longue monotonie des conversations plates où l’on joue pour comédie de faire semblant d’écouter. Eux ne sont jamais à court d’inspiration pour espérer capter mon attention. Et si parfois ils se font plus boudeurs, c’est qu’ils cherchent le bon quart d’heure pour se montrer plus extravertis après quelques gorgées. Parce qu’ils aiment la vie, ces mots, et diable qu’ils se font plus bavards quand ils ont bu ! Forcée à la cacophonie, il faut jouer les chefs d’orchestre pour les faire taire petit à petit : les voix qui s’entremêlent rendent l’ensemble assourdissant. Ca piaille pendant la ripaille, ramène sa fraise à tout va, quand ce n’est pas son grain de sel. Silence, enfin ! Qu’on mange en paix ! Que de cette chorale chaotique résonne le solo d’un bel alto ou bien d’un fin soprano, clair et distinct.
🌙 Puis plus tard après avoir quitté la table, et alors que je les crois endormis, les mots viennent me cueillir dans la nuit : ils s’invitent jusque dans mon lit duquel ils m’arrachent sans remords. “Debout, debout ! Ecris-nous dans un coin de ta tête, et que l’aurore t’amène le souvenir de ce que l’on te dit à cette heure indécente !”
Pourtant à l’aube, ils ont fui… Lâches amants qui ne vivent que pour la lune !
On se lève alors, pénible et souffrant de l’insomnie…
☕️ Et puis dans la torpeur du premier café, au creux du silence d’un vide living-room, entre deux tic-tac de pendule… On entend frapper…
“Bonjour ! Ce sont les mots ! Il est l’heure d’aller au bureau nous raconter !
Et ce soir, à quelle heure dine-t-on au restau ?”
Ah ! C’est qu’ils ont l’appétit lourd et l’économie légère, ces maudits mots ! 🥴
