Boulimie d’écriture

J’ai toujours été vorace quand il s’agit d’écriture.

👧🏻 Enfant, je passe mes récréations, soirées et weekends à écrire des spectacles que je monte de toutes pièces avec mes copines de classe pour les jouer devant l’école toute entière.

👩🏻 Plus tard, à l’adolescence, je m’initie à la poésie. Je ne lis pas – j’ai horreur de ça ! – mais ma sensibilité exacerbée me pousse continuellement à écrire. Sans même avoir ouvert un livre de ma vie, je trouve des mots et des images que je n’ai lus nulle part et qui laissent mes professeurs parfois perplexes devant ce vocabulaire qui sort… d’on ne sait où 🤷‍♀️

💻 Je tiens un journal intime depuis mes quatorze ans qui ne me lâchera jamais depuis. C’est l’époque des blogs : le mien, bourré de textes noirs et personnels, devient la vedette de tout le lycée. On me connait comme “celle qui écrit”, et de fidèles lecteurs me suivent sur ce qui s’apparente aux prémices des réseaux sociaux.

😣 En seconde, poussée par mes copines de classe, j’ose faire lire un de mes textes à ma prof de français. A peine parcourt-elle mon poème qu’elle éclate aussitôt de rire devant tout le monde. “C’est bien niais ce qui est écrit là ! Ce n’est rien de sérieux n’est-ce pas ?”. Je suis traumatisée par ses mots, et décide de ne plus jamais faire lire quoi que ce soit à un adulte, en qui je n’ai aucune confiance.

👀 En première, je tombe sur une enseignante de lettres qui provoque ma vocation. Mouton noir de la classe – look gothique, les cheveux rouges ébouriffés – j’attire son attention. Elle semble détecter rapidement mon attirance secrète pour les arts et les lettres et, discrète, porte un oeil bienveillant sur moi.

🌙🌃 Un jour après le cours, je décide de prendre mon courage à deux mains et de lui apporter, sur son bureau, l’intégralité de mes nouvelles. A l’époque, j’écris comme une acharnée : je fugue la nuit pour parcourir les rues et trouver l’inspiration dans les bras de mon amour de jeunesse de l’époque, et ne rentre qu’au petit matin chez mes parents, qui ne se doutent en rien de mes escapades nocturnes. Je passe tous mes cours de l’année à écrire dans un cahier, épuisée mais inspirée par mes nuits poétiques mais aussi par les drames qui se jouent dans ma vie.

Ma nouvelle, justement, intitulée “L’escapade”, marque ma prof :
“On sent en vous une grande inspiration poétique, un petit côté Rimbaud, très bohème. Vous devez impérativement continuer à écrire”. Ses paroles s’inscrivent en moi profondément.

📚 Je découvre la lecture grâce à cette enseignante, paradoxalement après l’écriture. Elle éveille en moi une passion dévorante qui fait redoubler mon appétit pour raconter des histoires. Je noircis des pages entières de cahier, travaille mon style, me nourrit des grands classiques de la littérature, qui me bouleversent au plus profond de ma chair adolescente. Sur mes fiches de renseignements de début d’année, au lycée, à “projets d’orientation”, je me mets à rêver : et si je devenais un jour écrivaine ?

En terminale, je décide, sans aucune confiance en ma plume, de participer au concours de nouvelles du lycée. Une vingtaine d’élèves y participe : je suis la seule d’une filière technologique (STMG) à prétendre à ce concours, tous mes autres concurrents étant scolarisés en filière Littéraire. J’écris une nouvelle inspirée du roman La nuit des temps de René Barjavel, qui m’a émue aux larmes.

🏆 Au moment de la nomination des gagnants, les prénoms de chaque auteur de nouvelles sont révélés. Le concours, anonyme, laissait planer un plein suspens sur l’identité des écrivains. Dans le jury, ma professeure de français – celle qui m’a donné le goût des lettres – a du mal à contenir sa surprise en voyant mon nom en première position. A l’unanimité, l’ensemble du jury m’a nommée gagnante du concours.

Une professeure documentaliste tient un discours émouvant sur mon texte devant l’assemblée : d’après elle, ma nouvelle emporte haut la main le concours et personne n’a hésité une seule seconde à m’attribuer la première place. Je suis secouée et ébranlée dans mes choix d’études supérieures, car je suis déjà inscrite et engagée dans une… prépa HEC après le bac.

Je suis alors aveuglément persuadée que ma place se trouve quelque part dans une grande école de commerce. Je me rends compte de mon immense erreur deux jours après ma rentrée dans ce lycée bourgeois de Bordeaux centre : j’écris ma lettre de démission à cette prépa élitiste et détestable et cours m’inscrire à la fac de lettres modernes. 🏃‍♀️

🎹🎶 Dans ma vingtaine, je compose un spectacle entier de chansons françaises que j’écris de toutes pièces, paroles et musique. Je m’accompagne au piano et sillonne les routes de toute la Gironde à bord de ma petite Twingo blindé de matériel de musique. Je joue quelques dates à Paris, en Suisse, également. J’entretiens toujours le rêve fou de devenir un jour musicienne, ou écrivaine.

Puis un peu avant ma trentaine, c’est la poésie qui explose dans ma vie. Je me passionne pour les poètes maudits, en qui je trouve des alter egos qui résonnent avec mon existence. Je passe de nouveau mes jours et mes nuits à écrire et travailler mon style à la virgule près. J’exerce ma plume avec l’assiduité d’une élève perfectionniste et têtue. Mon métier de professeure de lettres donne toute la profondeur à ma passion pour la musique – que je n’ai jamais arrêtée – et l’écriture : il nourrit mes vers et mon imagination.

❤️‍🩹 En classe, avec mes élèves, j’anime régulièrement des ateliers d’écriture et leur transmets tout mon amour pour cet exercice qui sauve des vies. Je cherche à créer des vocations, sans jamais oublier la mienne, celle qui brûle en moi depuis toujours.
Un jour, je deviendrai écrivaine.

Qui sait ?